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De l'époux bien-aimé n'entends-je pas la voix ? - Alfred de VIGNY

De l’époux bien-aimé n’entends-je pas la voix ?
Oui, pareil au chevreuil, le voici, je le vois.
Il reparaît joyeux sur le haut des montagnes,
Bondit sur la colline et passe les campagnes.

Ô fortifiez-moi ! Mêlez des fruits aux fleurs !
Car je languis d’amour et j’ai versé des pleurs.
J’ai cherché dans les nuits, à l’aide de la flamme,
Celui qui fait ma joie et que chérit mon âme.

Ô ! Comment à ma couche est-il donc enlevé !
Je l’ai cherché partout et ne l’ai pas trouvé.
Mon époux est pour moi comme un collier de myrrhe ;
Qu’il dorme sur mon sein, je l’aime et je l’admire.

Il est blanc entre mille et brille le premier ;
Ses cheveux sont pareils aux rameaux du palmier ;
A l’ombre du palmier je me suis reposée,
Et d’un nard précieux ma tête est arrosée.

Je préfère sa bouche aux grappes d’Engaddi,
Qui tempèrent, dans l’or, le soleil de midi.
Qu’à m’entourer d’amour son bras gauche s’apprête,
Et que de sa main droite il soutienne ma tête !

Quand son cœur sur le mien bat dans un doux transport,
Je me meurs, car l’amour est fort comme la mort.
Si mes cheveux sont noirs, moi je suis blanche et belle,
Et jamais à sa voix mon âme n’est rebelle.

Je sais que la sagesse est plus que la beauté,
Je sais que le sourire est plein de vanité,
Je sais la femme forte et veux suivre sa voie :
« Elle a cherché la laine, et le lin, et la soie.

« Ses doigts ingénieux ont travaillé longtemps ;
Elle partage à tous et l’ouvrage et le temps ;
Ses fuseaux ont tissu la toile d’Idumée,
Le passant dans la nuit voit sa lampe allumée.

« Sa main est pleine d’or et s’ouvre à l’indigent ;
Elle a de la bonté le langage indulgent ;
Ses fils l’ont dite heureuse et de force douée,
Ils se sont levés tous, et tous ils l’ont louée.

« Sa bouche sourira lors de son dernier jour. »
Lorsque j’ai dit ces mots, plein d’un nouvel amour,
De ses bras parfumés mon époux m’environne,
Il m’appelle sa soeur, sa gloire et sa couronne.

Alfred de VIGNY

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Donc, ce sera par un clair jour d'été... - Paul VERLAINE

Donc, ce sera par un clair jour d'été:
Le grand soleil, complice de ma joie,
Fera, parmi le satin et la soie,
Plus belle encor votre chère beauté;
Le ciel tout bleu, comme une haute tente,
Frissonnera somptueux à longs plis
Sur nos deux fronts heureux qu'auront pâlis
L'émotion du bonheur et l'attente;
Et quand le soir viendra, l'air sera doux
Qui se jouera, caressant, dans vos voiles,
Et les regards paisibles des étoiles
Bienveillamment souriront aux époux.

Paul VERLAINE

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Marie, ô douce enfant aux grands yeux de gazelle... - Auguste LACAUSSADE

Marie, ô douce enfant aux grands yeux de gazelle,
Qui naquis sur un sol où croissent les palmiers ;
Toi dont l’âme charmante et les songes premiers
Se sont ouverts, bercés à la voix fraternelle
Des bengalis et des ramiers !

O douce enfant ! ta vie aux flots riants et calmes,
Pareille aux bassins bleus de mon climat natal,
N’a jamais réfléchi dans son sein virginal
Que la liane en fleur et l’arbre aux vertes palmes
Penchés sur son mouvant cristal.

Sous les bambous lustrés où l’oiseau de la Vierge
Fait son nid, où la brise a d’ineffables voix,
Au pied du morne, abri de la biche aux abois,
Parmi les blancs lotus qui parfumaient ta berge,
Ton onde errait, source des bois !

Le soleil sous le dôme où ton urne s’épanche,
En rayons tamisés te versait sa clarté,
Et l’astre aux feux d’argent des tièdes nuits d’été,
Comme un oiseau, semblait passer de branche en branche,
Pour se mirer dans ta beauté.

Le poète qui rêve au fond de nos ravines,
Ivre d’ombre et d’oubli, charme des lieux déserts,
En t’écoutant courir sous les framboisiers verts,
Sentait, enveloppé de tes fraîcheurs divines,
Chanter en lui l’esprit des vers.

Et voici que tes flots, changeant leur destinée,
Loin du lit maternel vont prendre un autre cours ;
L’oranger te sourit au rivage où tu cours,
Et tu vas réfléchir dans ton eau fortunée
D’autres bonheurs, d’autres amours.

Et moi, moi que berçait ta voix parmi les mousses,
Plongé dans le présent, j’oubliais l’avenir.
Un jour vient où la vigne à l’ormeau veut s’unir ;
Et l’enfant aux grands yeux, l’enfant des Pamplemousses
N’est plus pour nous qu’un souvenir !

Et c’est la vie, hélas ! tout change et rien ne dure.
L’été sort du printemps, du bouton naît la fleur.
Pardonne à ces regrets que dément ton bonheur !
Ma pensive amitié, belle enfant, se rassure,
Voyant le choix fait par ton cœur.

L’âme honnête et virile à ta jeune âme unie,
D’un monde aux durs sentiers t’aplanira le sol.
Vers le nid du ramier, colombe, prends ton vol !
Nous léguons notre vierge, - une autre Virginie -
Aux dévoûments d’un autre Paul !

Auguste LACAUSSADE

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